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Dylan LeBlanc - Cautionary Tale (2016, Single Lock Records)

EN VIE / SUR LA ROUTE : C'est un mardi flemouille où l'on se laissera porter par l'indolence de ce beau morceau de Dylan LeBlanc. Il faut d'ailleurs reconnaître une certaine complaisance à écouter encore ce style d'americana/folk, certes idéale pour tracer la route sur les étendues picardes, mais qui semble figée dans une époque. Et si le chant de Dylan LeBlanc sur notre morceau du jour fait fortement penser à celui de Jim James (My Morning Jacket) lui-même fortement influencé par Neil Young, on pourra simplement se réjouir d'écouter un homme de goût qui fait aussi preuve d'un talent supérieur. Mardi flemouille alors pour la chronique de l'album, c'est par ICI

Cabane - "Sangokaku" (2015)

EN VIE / Ô MERVEILLE : Mieux vaut tard que jamais, on écoute "Sangokaku" sorti en début d'année pour permettre à ceux qui l'auraient raté de finir 2015 le cœur serré. Cabane est le projet de Thomas Jean Henri (Soy un Caballo), mais le refuge semble assez grand pour fédérer une belle famille musicale, comme le montre le casting époustouflant de ce morceau coécrit avec Caroline Gabard (Boy & The Echo Choir) et Kate Stables (This is The Kit) avec des arrangements de cordes signés Sean O'Hagan (High Llamas). On retrouve surtout Bonnie Prince - ne vous habituez pas au génie - Billy qui transforme, selon JD Beauvallet, "la Cabane en Palace" (pas mieux). Sa voix fragile permet en effet de magnifier cette ballade déjà superbe en intense moment d'élévation élégiaque.

Ajoutons pour être complet que Cabane vient de reprendre "Effacer la mer" d'Orso Jesenska : LIEN.
 

Pain-Noir - Pain-Noir (2015, Tomboy-Lab)

EN VIE / LA SUPERBE : Jusqu'où s'arrêtera Pain-Noir ? Déjà sorti fin 2014 chez Microcultures et soutenu par une juste propagande dans l'émission Label Pop, nous en avions déjà parlé à l'époque sur un autre support. L'album est depuis ressorti augmenté de trois morceaux sur Tomboy-Lab : il récolte les critiques dithyrambiques et continue de faire dans nos cœurs "des travaux d'aménagement sans ménagement" (Alain Souchon)

Ce n'était pourtant pas gagné. Alors que François-Régis Croisier était déjà connu pour un "très-bon-album-folk-un-peu-générique-quand-même" sous le nom de St. Augustine, le passage à la langue française marque une incroyable métamorphose. La musique de Pain-Noir cristallise en effet l'ancien et le moderne dans un axe allant de Brassens à Bertrand Belin auquel s'ajoute l'évidence folk des premiers albums de Leonard Cohen, rien que ça ! Le timbre grave, mais aussi la respiration de son chant, permettent la création d'univers bercé d'une mélancolie soutenue par une troublante sérénité.

Dès lors, on pourrait égrener les différents titres de cet album d'une remarquable cohérence : ils sont tous plus superbes les uns que les autres et provoquent désormais une forte résonance dans l'intimité de notre comité d'experts. Chef d’œuvre ? Sans doute, oui. En tout cas, à classer très haut dans le prochain TOP2015 des enfers d'EN MORCEAUX (même si c'est sorti en 2014, hein)

Zomba Prison Project (2015, Six Degrees)

EN VIE EN PRISON / La prison, c'est moche. Au Malawi, c'est pire, imagine-t-on en lisant la passionnante présentation de Six Degrees Records. La prison haute sécurité de Zomba, 340 places pour 2000 détenus, dont une soixantaine de musiciens, enregistrés par le producteur Ian Brennan (Tinariwen, TV On The Radio). La musique comme seule échappatoire, mais oubliez maintenant les clichés misérabilistes. Ce projet admirable ne serait pas grand chose s'il ne donnait la sensation d'effleurer la sublimation d'une vérité nue. Ces enregistrements de blues et folk malawite, comme autant de "Fleurs du Mal" présentées dans un simple appareil, permettent d'entendre ces témoignages de vie remplis d’émotions brutes et universelles. Écoute indispensable par ICI.

The Last Morning Soundtrack - Promises of Pale Nights (2015, Rival Colonia)

EN VIE / POP FEUTRÉE  : Matin corps moelleux, une musique pour prolonger la nuit et s'éveiller à la beauté qui nous entoure. The Last Morning Soundtrack se charge de défaire l’œuvre du marchand de sable dans un album qui honore les promesses de son titre. Son univers, emprunt d'une sensibilité folk, est enveloppé d'arrangements feutrés dont la maîtrise charme par sa retenue. Il s'en dégage une sérénité d'autant plus étonnante lorsque l'on songe à la grande sensibilité que semble mettre à jour la superbe voix ourlée du rennais Sylvain Texier. C'est bien simple, Promises of Pale Nights est de bout en bout perlé d'une insondable mélancolie, mais comme le clair-obscur est consubstantiel à The Last Morning Soundtrack, cette rosée matinale sait aussi se jouer des premiers rayons du soleil pour sublimer sa délicate tristesse. Vivement recommandé.

Marxer - But The Vision Soon Faded [ep] (2014, Rival Colonia)

Complètement passé à côté de cet excellent EP sorti fin 2014. Mais peu importe : lorsqu'on tombe sur un morceau de cette trempe, il est toujours temps de s'enthousiasmer.

"Summer Lies" est la création d'un groupe emmené par Franck Marxer, aussi guitariste d'Original Folks. Possible que la première écoute vous donne l'impression d'être sur le terrain balisé des émotions empruntées, mais la répétition révèle une merveille de délicatesse ainsi qu'un formidable éloge de la lenteur. De plus, la douceur fragile du chant mixte - Müjde Gurs Antoine & Pierre Walter - rajoute encore de la superbe à ce morceau d'amour qui porte en lui sa propre tragédie. A l'écoute, encore et encore.

Little Wings - Explains (2015, Woodsist)

EN VIE / FOLK : Le retour du retour du folk n'en finit pas de lasser, mais il arrive quand même de tomber sur une merveille. Du folk chuchoté en l’occurrence et à la manière du grand Will Oldham. Little Wings est le nom de scène de Kyle Field, musicien déjà pourvu d'un beau parcours, mais qui semble être aussi discret que sa musique. On le laisse toucher l'excellence pendant que le tout-venant continuera d'écouler sa camelote pour vendre des voitures familiales (via butwehavemusic)

Luis Perez - En el ombligo de la Luna (1981, rééd. 2012)

CHEZ LES MORTS / AUTRES MUSIQUES / PRIMITIVISME : Du potentiel pour devenir culte, mais quand même bien perché. En El Ombligo de la Luna est une œuvre à part, celle de Luiz Perez qui s'était fixé pour but de livrer une interprétation de la musique précolombienne, réunissant pour cela plus de 700 instruments au cours de ses périples. Au-delà de la performance, il faut saluer cette musique qui ne se contente pas d'être une déclinaison version peau de pécari de la bande son du jeu vidéo Age of Empire. Luiz Perez livre une musique primitive à laquelle il ajoute - sur une trame étirée et déconstruite - son goût pour l'ambient, le drone, le folk psychédélique. Cadeau : l'album est en écoute totale ci-dessous. 


Shake Shake Go - England Skies (2015, Beaucoup)

EN VIE / FOLK PUTASSIÈRE C'est de la belle folk radio-friendly comme on s'en tape depuis trop longtemps. Sauf qu'il y a ce refrain à la con, les inflexions de voix et ce passage sublime à la guitare. J'aurais aimé détester, mais ce morceau est tout simplement imparable. [EDIT : entendu en juillet au supermarché]