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Jaill - Wherever It Be (2016, Infinity Cat)

EN VIE / BRICOLE LUMINEUSE : De la grosse pop qui tâche hier, reprise du bon goût aujourd'hui. Pas la peine de se le cacher, Jaill qui était auparavant signé chez Sub Pop est du genre second couteau. Ce groupe d'indie-rock vient du sortir en format cassette  sur le label Infinity Cat un album enregistré à la maison et n'a donc aucune chance de connaître les charts, peut-être plus sûrement les honneurs d'une Face B chez Arnaud Le Gouëfflec (si Jaill se décide un jour à jouer avec une contrebasse dont les cordes seraient faites à partir de boyaux de crapauds). Certes, ça manque encore de storytelling mais c'est totalement dans l'esprit Face B car notre morceau du jour avec ses arrangements bricolés et sa merveilleuse mélodie schizophrénique ressemble à un morceau des Beach Boys repris par le fils légitime de Daniel Johnston et Syd Barrett ! Bonne journée.

Museyroom - Pearly Whites (2016, Grind select)

EN VIE / INDIE-POP EN MIEUX : Je ne sais quel crétin a décrété que chaque morceau devait être accompagné par une bafouille. Aujourd'hui par exemple, rien à dire à part vous apprendre que Museyroom est un trio indie-pop de Brooklyn comme des milliers d'autres, super. Ah si quand même, notre morceau du jour est une discrète merveille en ligne claire mi-joyeuse mi-mélancolique qui se hisse, par la grâce des harmonies vocales et d'une construction modulée, au meilleur de la pop musique. A la louche, c'est du 9/10 sur l'échelle Beach Boys.

The Four Seasons - Genuine Imitation Life Gazette (1969)

CHEZ LES MORTS / POP BAROQUE : Tout le monde connaît The Four Seasons, mais le plus souvent à l'insu de son plein gré. Grâce à Frankie Valli dont la voix de fausset est capable de négocier un grand huit d'octaves, ils enchaînent les tubes au début des 60's avec leur pop vocale inspirée par le doo-woop. Ce sont par exemple les premiers à interpréter "Can't Take My Eyes Off You" en 1967 comme le raconte Jersey Boys, film poignant bien qu'amidonné de Clint Eastwood, qui oublie d'évoquer le chef d’œuvre qui nous occupe dans cette bafouille.

En effet, après la triomphale tournée américaine des Beatles en 1964, les morceaux des Four Seasons rivalisent quelques temps dans les charts. Pourtant, ce qui apparaît comme une musique fraîche jusqu'en 1964 se ringardise progressivement avec les nouvelles ambitions formelles des Fab Four puis la mode psychédélique. C'est dans ce contexte que les compositeurs Bob Gaudio et Jake Holmes sont engagés pour façonner Genuine Imitation Life Gazette, album concept et update stylistique.

Cette œuvre retient du psychédélisme la remise en cause de l'ordre établi que ce soit en s'attaquant par la satire au modèle américain comme sur l'immense "American cruxifixion resurrection"  ou en démolissant la structure traditionnelle des morceaux. Assez peu soumis au moule de la musique hippie, Genuine Imitation Life Gazette possède plutôt - à la suite de Pet Sounds des Beach Boys ou de Sgt. Pepper's de vous savez qui - une ambition formelle assez folle qui le rapproche du Song Cycles de Van Dyke Parks, rien que ça. Une œuvre protéiforme qui organise une collusion époustouflante des registres : un thème orchestral triomphant dans lequel s'insère un motif ragtime est soudainement stoppé par une ballade déchirante ou un thème pop rapidement avorté. L'ensemble évoque une structure rococo baroque qui serait tenue de bout en bout par sa maîtrise époustouflante.
 
Malgré la bonne réception critique, les vieux fans sont déstabilisés par tant d'audace et l'image d'un groupe à papa leur colle bien trop à la peau pour intéresser la jeunesse contestataire : c'est l'échec commercial. Si la reconnaissance tarde encore à venir, l'album est progressivement devenu culte, rendant ainsi justice à un immense chef d’œuvre de l'époque.