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Frichti n°7


Week-end frichti avec trois magnifiques albums en écoute intégrale pour se perdre dans le temps qui passe. Fabuleuse découverte avec le jazz minimalo-lynchien de Lotto. Les deux morceaux qui composent Elite Feline prolongent la nuit mystérieuse de Bohren & Der Club of Gore. Lotto travaille la répétition pour créer une ambiance hypnotique d'arrière-salle enfumée. On se laisse happer.

Lotto - Elite Feline (Instant Classic, 2016)



Autre bonheur, la rencontre de Cyril Secq et Orla Wren. A la manière d'Alva Noto + Ryuichi Sakamoto, le duo rejoue la rencontre des instruments avec la musique électronique. Peut-être avez-vous croisé Cyril Secq avec le groupe Astrïd ou bien chez  Sylvain Chauveau ou That Summer. Celui-ci délivre une partition de guitare (principalement) tout en variations subtiles qui s'installe dans un paysage électroacoustique au faux airs de grillons apaisés. Comme l'illusion d'un micro-monde numérique accessible lors d'un rêve d'une nuit d'été. Superbe.

Cyril Secq & Orla Wren - Branches (Dronarivm, 2016)



Ultime bonheur, Intentions and Variations qui vient de sortir chez Morr Music. L'islandais Mikael Lind joue des drones comme tout le monde ou presque, sauf qu'ici la sidération remplace l'ennui. Proche d'un kitsch New Age, cette musique-monde semble le reflet d'un univers clairvoyant dans lequel les riches textures vous bercerons comme un flux de lumière.

 Mikael Lind - Intentions and Variations (Morr Music, 2016)

Frichti n°5

Sublime de frichti pour un dimanche où le temps se dilate à l'écoute des grands maîtres de l'espace sonore. Premier maître, la nature elle-même ou plutôt la tramontane captée par le Collectif Sin lors d'une ascension vers un sommet du sud de la France. On peine à croire qu'il s'agisse d'un pur field-recording tant les harmonies aléatoires que dégage ce souffle des hauteurs ressemble à celui d'un orgue marin. Cet enregistrement qui vient de paraître chez Pan European Recordings est un maxi 45t qui propose en face B un superbe remix dans lequel les filtres de Quentin Kôôl et le violoncelle de Gaspar Claus se fondent aux variations naturelles pour un grand moment d'immersion macrocosmique. 



Retour en binôme de maîtres véritables : Jim O'Rourke et Christian Fennesz. Ceux qui n'étaient pas nés musicalement dans les 00's seront bien inspirés de lire le piédestal érigé par Olivier Lamm sur The Drone pendant qu'ils écouteront le titre ci-dessous. It's Hard For Me To Say I'm Sorry sortira en juin aux Editions Mego.



Fils légitime de Fennesz, dernier maître de notre frichti et pas des moindres : Tim Hecker avec son nouvel album, qui possède des allures de grandes œuvres sinon plus, mais restons sur la réserve car la richesse folle de ce Love Streams nécessite de multiples écoutes. “Transcendental voice in the age of auto-tune” annonce le communiqué de presse. Au delà de l'accroche, Tim Hecker s'inspire des polyphonies de Josquin des Près pour dresser l'autel d'une nouvelle liturgie : chœurs éthérés, instruments à vent qui se mêlent à un épais brouillard numérique, éclats synthétiques comme la lumière qui traverse les vitraux pour éclairer la poussière volatile. L'Empyrée n'est pas loin et ça se passe désormais chez 4AD.

Herbert Distel - Travelogue (2015, HatOLOGY)

EN TERRE INCONNUE : Si le lecteur régulier d'en morceaux est un habitué du tube qui tâche, il sait aussi qu'on ne dédaigne pas écouter des "musiques autres" à la faveur d'une rencontre ou d'un coup de cœur. Aujourd'hui, on embarque dans cette œuvre superbe d'Herbert Distel, artiste pluridisciplinaire suisse, connu entre autres pour son travail sonore lié au ferroviaire dans lequel s'embranchent musique concrète et field-recording.

Édité par le label HatOLOGY,  Travelogue prolonge deux œuvres importantes de l'artiste - Die Reise (1988) et La Stazione - pour emmener l'auditeur dans son voyage. Aussi, tout commence logiquement avec une trompe de locomotive dont la réverbération laisse place à la rumeur de la gare. Celle-ci semble se révéler à elle-même grâce au travail singulier d'Herbert Distel qui s'éloigne de tout naturalisme pour faire évoluer sa matière première sous forme de boucles longues, créant ainsi des textures réminiscentes où les échos de villes/machines se superposent à la musique de la nature. Ce flux sonore semble porté - presque hanté - par une respiration interne qui épouse non seulement le rythme dilaté du voyage, mais qui permet surtout à l'auditeur de divaguer au gré d'impressions diffuses qui ne le lâcheront jamais lors de cet extraordinaire trajet.

Travelogue n'est pas disponible à l'écoute, alors je vous laisse avec La Stazione qui vous donnera une bonne idée de l’œuvre chroniquée.