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Flanger - Lollopy Dripper (2015, Nonplace)

EN VIE / ELECTRONICA / AUTRES MUSIQUES : je me rappelle d'une époque où l'on pratiquait régulièrement des blindtests et c'était quand même le boxon pour distinguer un musicien électronique d'un autre. Combien sont-ils à pouvoir se targuer d'avoir un style à la fois personnel et abouti ? Au final assez peu.

Je tiens à votre disposition une liste, mais soyez assurés que Bernd Friedmann et Uwe "Atom" Schmidt en font partis. Chacun ayant personnellement développé ou participé à des projets aussi différents que géniaux. Rythmes texturés avec Jaki Liebezeit, tubes reggae/dub, crooner magnifique, hip-hop dévergondé by Atom, reprises de Kraftwerk façon mambo/chachachà, techno-glitch-pop :  il y a déjà pas mal à explorer rien qu'avec ces 6 propositions.

Burnt Friedman & Jaki Liebezeit - Playing Secret Rythms (2002, Nonplace)
Burnt Friedman & The Nu Dub Players - Can't Cool (2003, Nonplace)
Nine Horses (David Sylvian) - Snow Borne Sorrow (2005, Samadhi Sound) 
Atom™ feat. Tea Time - XXX (2000, Rather Interesting)
Señor Coconut y Su Conjuto - El Baile aleman (2000)
Atom™ - Liedgut (1999, Raster-Noton)

Ensemble, ils forment le groupe Flanger dont le 1er coup de maître remonte à 1999 mais qui était en sommeil depuis 2007. Leur univers est un mélange ludico-savant de jazz/funk enfumé, de dub et d'IDM finement ciselée (si vous me permettez cette ***** d'expression). A ce titre "Lollopy Dripper" continue de présenter un niveau de maîtrise ahurissant. Rythmes concassés, micro-sons, dubtronica millimétrée s'enchaînent  à une vitesse affolante. Comme d'habitude, la clarté du mixage de Burnt Friedman permet de multiplier sources, strates et effets sonores ce qui permet à notre "duo dynamique" de présenter en un seul morceau autant d'idées que dans toutes la discographie d'Eric Truffaz. On regrettera tout de même le manque de respiration de l'ensemble, mais en l'état ce palimpseste de dentelle sonore est tout à fait inouï.

Sylvain Chauveau - How To Live in Small Spaces (2015, Brocoli)

EN VIE / AUTRES MUSIQUES / COPINAGE : 3 rééditions et 2 nouveautés en octobre, les Chauveaux sont lâchés (oups).  Sorti sur le label Brocoli, How To Live In Small Spaces devrait sans peine convaincre les amateurs de Morton Feldman puisque deux longues pièces prolongent l'héritage pianistique du maître. Quelques notes égrenées, jouées à plat et qui s'étirent indéfiniment pour donner à entendre le silence. Cette fameuse vibration silencieuse qui place l'auditeur dans la tranquille intranquillité d'un mystère agnostique, sentiment seulement soulagé par une obsédante boucle minimaliste comme une incantation au milieu du vide. Face à ce mystère dialoguent en écho inversé, deux longs drones qui semblent simplement posés sur le temps qui passe. On  y entend  un fragment de conscience jouant une guitare amplifiée, l'acouphène aigu qui réveille le dormeur, le grésillement d'un néon, le fantôme que l'on perçoit dans le souffle d'un transistor. Ce flux de matière baignée de léthargie n'aurait pas dépareillé comme bande musicale de Cemetery Of Splendor d'Apichatpong Weerasethakul. Vraiment superbe.

Parmi les nombreuses sorties liées à Sylvain Chauveau, signalons aussi la réédition de Down To The Bone sur le label Ici d'ailleurs. Les morceaux de Depeche Mode sont réarrangés en version acoustique/musique de chambre avec Sylvain Chauveau dont le timbre se rapproche de David Sylvian. C'est incontournable pour les fans de Depeche mode, somptueux pour les autres.

En écoute, un medley de How To Live In Small Spaces :