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Count Ossie & The Mystic Revelation of Rastafari - Tales of Mozambique (réed. 2016, Soul Jazz)

"CHEZ LES MORTS" / UN DIMANCHE à BABYLONE : Réédition par le label Soul Jazz de Tales of Mozambique du  percussionniste Count Ossie avec l'ensemble Mystic Revelation of Rastafari. Ce disque sorti en 1975 témoigne de la richesse de ce mouvement bien perché - relecture afro-jamaïcaine de la Bible, culte de Haïle Sélassié, retour à la terre promise -, mais dont on admirera la construction esthétique. Le Jamaïcain Count Ossie, connu pour être un des premiers musiciens de cette nouvelle religion rejoue avec Tales of Mozambique en 1975 la musique des nyabinghis, ces percussions traditionnellement utilisées lors des rassemblements rastafaris (grounations). A ces rythmes tribaux, s'ajoutent différents types de chants - louanges religieuses, chœurs festifs, cris incantatoires - mais aussi divers instruments, dont le saxophone de Cedric Im Brooks utilisé de façon sporadique, sur une prise de son brute mettant en valeur le caractère primitif de cette musique. Pour l'occidental babylonien non-initié aux charmes de ce type d'enregistrements, Tales of Mozambique est un dépaysement total en plus d'être un grand album. Ce sera donc un dimanche matin reggae roots.



Transglobal Underground - Dream of 100 Nations (1993)

CHEZ LES MORTS / PROPOSITION POUR LE NOUVEL AN : Comme dirait Robert Hossein, un peu de "nostalge" avant de laisser 2015 pour 2016 qui est bien partie pour être pire. Du coup, je me souviens de la nuit insouciante du 31 déc. 1993 où nous sautions en l'air au son de "Temple Head" de Trans-global Underground pour fêter la nouvelle année. Je me souviens de ce groupe né du creuset londonien, version populaire des théories de Jon Hassell sur le "Fourth World", certains disaient world fusion, mais l'expression est quand même bien moche.

C'était entre le succès des raves-parties et l'apparition du big beat, un croisement improbable de techno, de hip-hop, de sonorités africaines et asiatiques, soit le doux rêve d'une monde pacifié rendu possible grâce à la musique. Possible que ce rêve s'éloigne, mais il reste encore Trans-global Underground pour oublier quelques instants la réalité et se rappeler les ondulations de Natasha Atlas en dansant jusqu'au bout de la night (marche aussi lorsque le décompte de TF1 t'a laissé seul devant la glace).

Johnny Rivers - "Look To Your Soul" [single] (1968)

CHEZ LES MORTS / CROONER / POP BAROQUE : Quelques compositions pour Ricky Nelson, des reprises à la pelle, le générique de la série Destination Danger, la découverte de Jimmy Webb, le succès des 5th Dimension : voici un résumé de ce que vous trouverez sur la fiche Wikipédia de Johnny Rivers. Tout à fait honorable, mais un peu second couteau. D'ailleurs ses albums ne sont plus écoutés, si ce n'est le très bon Realization duquel est extrait le morceau qui nous occupe aujourd'hui.

Pas la peine de tortiller du cul, "Look To Your Soul" fait parti des plus beaux morceaux du monde. Composé par son guitariste James Hendricks, Johnny Rivers se charge en crooner mélancolique et habité d'interpréter un texte introspectif sublimé par des arrangements d'une classe absolue. Cuivre majestueux, flûte élégiaque, basse sautillante, descente en pizzicati, chœur de sirènes parcimonieusement agencés pour offrir une fête totale aux esthètes. "Look To Your Soul" est ce genre de morceau mémorable qui rend heureux d'être triste.

Leafcutter John - The Forest and The Sea (2006, Staubgold)

CHEZ LES MORTS / FOLK TEXTURÉE : Qu'on se rassure, Leafcutter John n'est pas mort, juste trop discret. Neuf années se sont écoulées entre sa dernière production studio, Resurrection, sortie récemment chez Desire Path  et l’œuvre qui nous occupe aujourd'hui. Mais peu importe la reconnaissance, ce qui passionne Leafcutter John  - sous l'influence de Bernard Parmegiani - c'est plus la nature du son que la production phonographique. Une quête des origines d'ailleurs documentée sur un blog où il expose son travail de recherche : les étapes pour construire sa propre guitare, ses créations de logiciels pour musique interactive ou encore une interface lumineuse qui lui permet littéralement de sculpter la matière sonore dans l'espace ! Le résultat, certes expérimental, fascine par l'intuitivité apparente du dispositif et l'acuité sensorielle déployée pour se jouer d'une matière cristalline. Démonstration :



Retour en 2006. Leafcutter John sort son chef d’œuvre, The Forest & The Sea, généralement rattaché au genre folktronica en plein essor depuis le début des 00's. Du folk et de l'electronica, mais augmenté d'ambient, de field-recording et de manipulations électroacoustiques. Du folktronica certes, mais nettement plus proche en esprit de la renaissance élisabéthaine chantée par John Dowland et revue par le GRM que des morceaux de Tunng ou Four Tet !


The Forest & The Sea raconte l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'égarent dans une forêt la nuit. Une perte de repères, source d'angoisse ou d'émerveillement se traduisant par un impressionnant remodelage du temps, celui-ci semblant se dilater au gré d'émotions qui prennent forme dans un drone diaphane, une dissonance gracieuse, un frémissement électronique... Les différentes sources et strates sonores sont en fait assemblées dans une minutie propice à une synesthésie musicale : voix, instruments acoustiques, textures électroniques se prolongent et participent d'un dérèglement des sens pour conduire l'auditeur vers un monde sensible d'une ampleur remarquable.

Si l'errance provoquée par une musique électronique impressionniste est bien totale, elle puise aussi sa force dans des morceaux folk tous plus admirables les uns que les autres. Des complaintes dowlandiennes donc, rehaussées d'électronique, assez sûres de leur écriture pour laisser place au silence.

A titre personnel, le morceau ci-dessous est une des choses les plus sublimes que j'ai pu entendre, côtoyant à jamais "Hang On To A Dream" de Tim Hardin ou "By This River" de Brian Eno dans mon petit panthéon.

The Four Seasons - Genuine Imitation Life Gazette (1969)

CHEZ LES MORTS / POP BAROQUE : Tout le monde connaît The Four Seasons, mais le plus souvent à l'insu de son plein gré. Grâce à Frankie Valli dont la voix de fausset est capable de négocier un grand huit d'octaves, ils enchaînent les tubes au début des 60's avec leur pop vocale inspirée par le doo-woop. Ce sont par exemple les premiers à interpréter "Can't Take My Eyes Off You" en 1967 comme le raconte Jersey Boys, film poignant bien qu'amidonné de Clint Eastwood, qui oublie d'évoquer le chef d’œuvre qui nous occupe dans cette bafouille.

En effet, après la triomphale tournée américaine des Beatles en 1964, les morceaux des Four Seasons rivalisent quelques temps dans les charts. Pourtant, ce qui apparaît comme une musique fraîche jusqu'en 1964 se ringardise progressivement avec les nouvelles ambitions formelles des Fab Four puis la mode psychédélique. C'est dans ce contexte que les compositeurs Bob Gaudio et Jake Holmes sont engagés pour façonner Genuine Imitation Life Gazette, album concept et update stylistique.

Cette œuvre retient du psychédélisme la remise en cause de l'ordre établi que ce soit en s'attaquant par la satire au modèle américain comme sur l'immense "American cruxifixion resurrection"  ou en démolissant la structure traditionnelle des morceaux. Assez peu soumis au moule de la musique hippie, Genuine Imitation Life Gazette possède plutôt - à la suite de Pet Sounds des Beach Boys ou de Sgt. Pepper's de vous savez qui - une ambition formelle assez folle qui le rapproche du Song Cycles de Van Dyke Parks, rien que ça. Une œuvre protéiforme qui organise une collusion époustouflante des registres : un thème orchestral triomphant dans lequel s'insère un motif ragtime est soudainement stoppé par une ballade déchirante ou un thème pop rapidement avorté. L'ensemble évoque une structure rococo baroque qui serait tenue de bout en bout par sa maîtrise époustouflante.
 
Malgré la bonne réception critique, les vieux fans sont déstabilisés par tant d'audace et l'image d'un groupe à papa leur colle bien trop à la peau pour intéresser la jeunesse contestataire : c'est l'échec commercial. Si la reconnaissance tarde encore à venir, l'album est progressivement devenu culte, rendant ainsi justice à un immense chef d’œuvre de l'époque.


Luis Perez - En el ombligo de la Luna (1981, rééd. 2012)

CHEZ LES MORTS / AUTRES MUSIQUES / PRIMITIVISME : Du potentiel pour devenir culte, mais quand même bien perché. En El Ombligo de la Luna est une œuvre à part, celle de Luiz Perez qui s'était fixé pour but de livrer une interprétation de la musique précolombienne, réunissant pour cela plus de 700 instruments au cours de ses périples. Au-delà de la performance, il faut saluer cette musique qui ne se contente pas d'être une déclinaison version peau de pécari de la bande son du jeu vidéo Age of Empire. Luiz Perez livre une musique primitive à laquelle il ajoute - sur une trame étirée et déconstruite - son goût pour l'ambient, le drone, le folk psychédélique. Cadeau : l'album est en écoute totale ci-dessous. 


EN VRAC - PREMIER MESSAGE

Ce dimanche marque le véritable début de ce blog.

Présentation par une liste musicale.
Pas de véritables découvertes ici, mais l'occasion de redire mon amour pour ces dix disques.



Nirvana - Nevermind (1991) : Comme tout le monde, mais grâce aux Transmusicales de Rennes, un peu avant tout le monde : « Smell Like Teen Spirit » n’est découvert par le grand public qu’en mars 1992.  En 1991, Nirvana est donc à l’affiche. Premier vrai concert. Dépucelage auditif, premières bières, première soirée avec des filles, un groupe monstrueux sur scène, des guitares qui volent en éclat. De quoi donner l’envie de continuer.
Pink Floyd - The Piper at The Gates of Dawn (1967) :
Soif de découvertes en 1992 et Télérama qui sort un hors-série qui tombe à point « les 100 meilleurs albums de rock » grâce auquel je dois les bases de ma culture musicale : Kraftwerk, Beastie Boys, Beach Boys, King Crimson, The Clash… S’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait Pink Floyd, rare groupe dont je suis fan (il m'arrive même de trouver The Final Cut, c'est dire).
Sonny Rollins - Saxophone Colossus (1957 ) : Mon professeur de batterie admirait Toto ce qui faisait mal aux fesses car à l’époque nous écoutions surtout du noise-rock (cf. Label Noise Amphétamine avec Melvins, Chokebore, Helmet pour les plus connus). Il s’est aussi rattrapé en me prêtant Saxophone Colossus, porte d’entrée idéale pour découvrir le jazz avec ce standard « Saint-Thomas » en ouverture, morceau hard-bop qui débute par une boucle tribale jouée par Max Roach, (que même un débutant peut reproduire certes approximativement).

Ground Zero - Revolutionary Pekinese Opera (1995) : En 1996, le magasin Cyborg station ouvrait sur Rennes car on achetait encore des disques. Moins de 20m2, mais qui concentraient le meilleur de la « musique aventureuse ». Premier disque acheté Revolutionary Pekinese Opera de Ground Zero, mélange inouï de noise, free-jazz et turntablism. Super baisée mais tubesque. Une épiphanie qui marque les débuts d'une émission de radio sur Canal B à Rennes, c'est l'Asile le plus sûr. Elle existe toujours d'ailleurs sous une forme différente.

Aphex Twin - Come to Daddy (1997) : A l’époque, il y avait pour beaucoup de rockers une méfiance pour tout ce qui était synthétiseurs et musique électronique. Il faut dire que dans les 90’s, la house/techno restaient musicalement pauvres et les free-party pour punks à chien n’arrangeaient rien. Les artistes du label Warp ont démontré qu’il était possible de produire une musique purement électronique exigeante (IDM). Aphex Twin surclassait tout le monde dans une maîtrise ahurissante des rythmes et textures, permettant en plus à toute une génération de remonter l’histoire de la musique électronique jusqu’à Pierre Schaeffer.

Naked City - s/t (1990) : John Zorn a laissé quelques chefs d’œuvre, mais s’il compte autant pour moi, c’est avec  son projet Naked City. Il faut dire que ce groupe all-star repoussait les frontières de l’inouï en associant deux genres dont j’étais fan mais qui paraissaient difficilement conciliables : le jazz et le noise-rock. En fait Naked City, c’est aussi la musique improvisée, le klezmer, le drone, l’easy-listening, la musique contemporaine… Beau programme de découverte et les portes de la perception qui continuent de s’ouvrir. 

Mr. Bungle - Disco Volante (1995) : Entre 1994 et 2002, le magazine Octopus a sorti 14 numéros que nous guettions fébrilement parce que chaque parution promettait des découvertes insensées. En avril 1996, la revue présentait Mr. Bungle : « principalement inspiré par la musique de cirque et le ska, le groupe a su y intégrer des éléments de musiques plus communément galvaudés (métal, funk, jazz…) pour créer des atmosphères uniques ». Achat à l’aveugle en magasin et début d’une grande histoire d’amour avec M. Patton. 

Arvo Pärt - Alina (1999) : Je n'ai pas découvert Alina. Elle était là et m'enveloppait bien avant que je la connaisse. Cette œuvre fragile semble concentrer toutes les notes, toutes les émotions, tout l'univers. Il n'y a rien et il n'y aura jamais rien d'aussi beau.
 Brian Wilson - Smile (2004) : Pas aussi essentiel que les autres albums dans ma construction musicale, mais l'ouverture de Smile, "Our Prayer" a quand même changé ma vie au sens propre.

Antony & The Johnsons - I'm a Bird Now (2005) : Musicalement, c'est le retour progressif aux affaires pop. Il faudrait citer énormément d'artistes, mais s'il ne fallait retenir qu'un album ce serait celui-ci où la pop baroque est insufflée d'une puissance soul à la Nina Simone. Difficile d'entendre charge émotionnelle si forte.